Dans les jardins de mon père

186pages. in12. broché.

Show description

Quick preview of Dans les jardins de mon père PDF

Show sample text content

J'étais trop légère. J'appartenais à cette légèreté cosmique, à ce plaisir de vivre, à cette jubilation qui fait croire au optimum venu qu'il est le best à exister. Si je touchais de temps en temps los angeles terre, c'était moins souvent qu'il n'est permis. A personne au monde je n'aurais confié los angeles raison de mon contentement. Il se peut qu'un temps je me l. a. sois cachée à moi-même. N'était-ce pas l'air du temps qui me réjouissait ? N'était-ce pas l'effet de ce surprenant soleil avant-coureur de l'été qui, dans Lyon, los angeles continentale, surgit parfois en plein cœur de février ?

Il sortait des bonbons de sa poche et me les offrait. J'étais émue par tant de munificence. Mais c'était l. a. tendresse de sa voix qui me fascinait. Il me parlait longuement et ma joue venait s'incliner contre le tissu lustré de sa soutane. Alors il me disait de me déshabiller afin qu'il pût mieux me soigner. J'obéissais. On le prétendait médecin et j'avais l'habitude d'obéir aux médecins. los angeles pièce qui jouxtait son bureau était en effet encombrée de tout un matériel médical et il m'y faisait allonger sur un lit étroit et haut sur pattes comme j'en avais tant vu dans les hôpitaux.

Rouge vie et rouge mort, les quartiers de bœuf alignés dans les camions aux portes battantes. Bien après l'œuvre au noir et l'œuvre au blanc, l'œuvre au rouge est l. a. troisième et ultime étape de los angeles transmutation alchimique. Prenez garde à ne pas voir apparaître trop vite le rouge, répétaient les alchimistes, vehicle avec lui surgissent les suprêmes puissances. Dans cet hôpital, là-haut sur l. a. colline, mon orgie de fraises et de cerises n'a pas retardé ma convalescence. J'ai le memento d'une période calme et printanière.

L'heure n'est pas venue de se retirer à Nieul-sur-Mer. Nous devons continuer à vivre à Rambouillet, mais nous irons de plus en plus souvent à Paris pour me faire soigner. Ainsi a commencé l. a. ronde des cupboards médicaux : XVIe arrondissement, Neuilly, parc Monceau. Toutes les salles d'attente se ressemblent. Des pièces encombrées, une luxuriance végétale, comme pétrifiée, des tapis épais, décolorés, des meubles et des lambris aux dorures contournées, des fauteuils bancals, des bibelots exotiques. Du reste, tout me paraît exotique, je n'ai jamais rien vu de pareil.

Je ne voulais plus penser à ce mal qui n'en était pas un, à cette enfant défigurée qui ne l'était pas, à cette mort autrefois côtoyée et qui m'avait donné le goût de l. a. vie. Je ne savais plus qui j'étais, encore moins à quoi je ressemblais. Je ne supportais pas qu'on me photographiât, que mon père me peignît, qu'on fît allusion à mon apparence, à mon attract, à mon visage, à mon corps. Je voyais les petites filles abandonner sans remorse l'enfance et exhiber les premiers stigmates de los angeles coquetterie. C'était donc cela l'âge adulte : le rouge à lèvres, les bas et le miroir !

Download PDF sample

Rated 4.26 of 5 – based on 29 votes